Le photovoltaïque : la filière qui produit de l’énergie quand personne n’en a besoin -1ère partie

Commençons par lever toute ambiguïté.
Le photovoltaïque est une technologie intéressante. Utilisé intelligemment, en autoconsommation, sur des toitures déjà artificialisées, éventuellement couplé à des batteries, il peut avoir du sens à l’échelle d’un bâtiment ou d’un site isolé. Dans ce cadre précis, il permet de réduire une facture locale et d’améliorer une forme de résilience énergétique.
Mais ce n’est pas de cela qu’il est question aujourd’hui. Ce que l’on voit se multiplier partout en France, ce sont des centrales photovoltaïques industrielles implantées sans cohérence avec les besoins réels du système électrique, dans un pays qui est déjà exportateur d’électricité. Cette dynamique n’est pas seulement discutable : elle est énergétiquement inutile et économiquement coûteuse.

Le photovoltaïque : la filière qui produit de l’électricité quand personne n’en a besoin

Le problème fondamental du photovoltaïque n’est pas idéologique, il est physique.
Cette technologie produit de l’électricité lorsque le soleil brille, principalement en été, en milieu de journée. Or, en France, les pics de consommation ont lieu en hiver, le matin et le soir, lorsque le chauffage, l’éclairage et les usages domestiques sont les plus sollicités. Autrement dit, le photovoltaïque produit exactement au moment où le système électrique français en a le moins besoin.
Ce décalage n’est ni accidentel ni conjoncturel. Il est structurel. Chaque été, il conduit à des situations de surproduction, à des exportations massives vers les pays voisins et à une électricité vendue à très bas prix. Produire davantage dans ces conditions ne renforce pas la sécurité énergétique. Cela aggrave simplement un déséquilibre déjà connu.

Pilotabilité, intermittence et stabilité du réseau : ce que l’on ne dit presque jamais

Un réseau électrique repose sur une contrainte absolue : l’équilibre instantané entre production et consommation. Contrairement à d’autres formes d’énergie, l’électricité ne se stocke pas naturellement. À chaque seconde, ce qui est produit doit être consommé. Cet équilibre conditionne la stabilité du réseau, notamment en fréquence et en tension.

C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre la notion de pilotabilité.

Le nucléaire constitue la base du système électrique français. Il fournit une puissance importante, continue et décarbonée, mais avec une inertie élevée. Les réacteurs peuvent moduler leur puissance, mais sur des temps relativement longs. Ils ne sont pas conçus pour absorber des variations brutales de charge.

Les ajustements rapides, ceux qui permettent d’éviter les décrochages, sont assurés par des moyens très réactifs : l’hydroélectricité et les centrales thermiques, principalement à gaz. Ce sont eux qui stabilisent le réseau lorsque la demande augmente soudainement ou lorsqu’une production disparaît.

Le solaire, à l’inverse, est une énergie intermittente. Sa production dépend directement de l’ensoleillement et peut varier rapidement, parfois en quelques minutes, notamment lors de passages nuageux étendus. La nuit, sa production est nulle. En hiver, elle est faible précisément lorsque la demande est la plus forte.

Cette intermittence n’est pas seulement un problème de quantité d’énergie produite. Elle est un facteur d’instabilité du réseau.

Chaque variation rapide de la production solaire doit être immédiatement compensée par d’autres moyens, faute de quoi l’équilibre du réseau est rompu. Plus la part d’énergie intermittente augmente, plus les corrections doivent être fréquentes, rapides et finement pilotées. Le système devient alors plus complexe, plus tendu et plus fragile.

Dans ce contexte, le photovoltaïque ne remplace pas les moyens pilotables. Il impose leur présence permanente, et renforce le besoin de capacités flexibles capables de corriger en temps réel ses fluctuations. En pratique, cela signifie maintenir des centrales hydrauliques et thermiques disponibles, même lorsqu’elles ne produisent pas, afin de préserver la stabilité du réseau.

Le paradoxe est clair : une énergie présentée comme simple et vertueuse complexifie le fonctionnement du système électrique lorsqu’elle est déployée massivement, en raison même de son intermittence.

Une énergie subventionnée au bilan structurellement déficitaire

Le deuxième point, rarement expliqué au grand public, concerne le modèle économique du photovoltaïque industriel.

Par le biais des mécanismes d’obligation d’achat, l’État s’engage à acheter l’électricité photovoltaïque à un prix fixe, garanti sur de longues durées, généralement 20 ans, indépendamment du moment où cette électricité est produite et indépendamment de sa valeur réelle sur le marché. Cet achat est assuré notamment par EDF ou par des structures mandatées.

Or, on sait dès la signature de ces contrats que cette électricité sera produite massivement en été, précisément lorsque les prix de marché sont les plus bas, parfois proches de zéro. L’électricité est donc achetée à prix garanti, puis revendue à prix variable, souvent à perte.

Comme l’électricité ne se stocke pas à grande échelle, cette perte n’est ni accidentelle ni évitable. Elle est structurelle, intégrée dès l’origine dans le système. Les pertes sont mutualisées, supportées par la collectivité, tandis que les revenus des producteurs sont sécurisés.
On retrouve ici comme dans d’autres domaines la règle bien connue : socialisation des pertes, privatisation des profits.

Produire plus dans un pays qui est déjà exportateur

La France est déjà exportatrice nette d’électricité. Son mix est largement décarboné grâce au nucléaire et à l’hydraulique. Les orientations énergétiques nationales prévoient par ailleurs la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, c’est-à-dire le renforcement de capacités pilotables disponibles en permanence, y compris lors des pics hivernaux.

Dans ce contexte, la multiplication de centrales photovoltaïques industrielles non pilotables ne répond à aucun besoin énergétique identifié. Elle n’améliore ni la sécurité d’approvisionnement ni la souveraineté énergétique. Elle accentue au contraire les périodes de surproduction, complique la gestion du réseau et alourdit les coûts globaux du système électrique.

Pourquoi produire davantage quand on est déjà excédentaire, et surtout quand cette production arrive au mauvais moment ? Cela n’a aucun sens.

Fin de la première partie – Les articles suivants montreront comment cette incohérence initiale a conduit à l’agrivoltaïsme comme outil de contournement réglementaire, comment les risques industriels sont minimisés, et pourquoi cette fuite en avant énergétique pose désormais plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.

1 réflexion sur “Le photovoltaïque : la filière qui produit de l’énergie quand personne n’en a besoin -1ère partie”

  1. Les terres agricoles sont l’avenir de l’humanité, c’est dans la droite ligne de tous
    les grands projets inutiles… donc il faut se battre pour laisser la planète vivable
    aux générations futures.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut